La biologie des reptiles
Il peut être intéressant pour le propriétaire d'un reptile d'acquérir certaines notions de biologie reptilienne afin de mieux comprendre son animal. Savoir d'où il vient d'un point de vue évolutif, comprendre ce que signifie l'ectothermie, etc. Toutes ces informations se trouvent donc dans cette section.
Ectothermie et thermorégulation
Les reptiles sont des animaux ectothermes, c'est-à-dire que leur température corporelle varie en fonction du milieu de vie de l'animal. Contrairement aux mammifères, les reptiles sont incapables de contrôler eux-mêmes leur température. Ils sont donc totalement dépendants de leur milieu pour ajuster leur température interne. On les appelle souvent « animaux à sang froid ». Cette appellation peut porter à confusion, car les reptiles n'ont pas toujours le sang froid. La température réelle de leur sang dépend de la température du milieu. Donc, si le reptile est couché au chaud, son sang sera chaud.
On rencontre plus fréquemment les reptiles dans les pays chauds, car ces animaux sont thermophiles. C'est-à-dire qu'ils ont besoin d'une température relativement élevée pour pouvoir réaliser l'ensemble de leurs fonctions biologiques. Les réactions chimiques et les activités enzymatiques se produisent plus rapidement à température élevée, mais diminue grandement si la température devient trop élevée ou si elle est trop basse. D'où l'importance de fournir un gradient thermique approprié à l'espèce gardée en captivité.
Puisque les reptiles ne contrôlent pas leur température corporelle, ils ont peu de dépenses énergétiques au repos. Dans le cas des mammifères, c'est tout le contraire. Les mammifères doivent dépenser de l'énergie, même au repos, pour permettre à leur corps de maintenir sa température. Les reptiles ont besoin d'une température assez élevée pour la majorité de leurs activités, comme par exemple chasser, digérer, contracter les muscles, etc. Toutes ces activités nécessitent de l'énergie et cette énergie ne peut être produite que si les enzymes fonctionnent de façon adéquate. Cela permet d'expliquer pourquoi les reptiles non chauffés (gardés sous leur température optimale requise pour leur espèce) ne mangent généralement pas. La digestion est une activité biologique qui nécessite beaucoup d'énergie et si la température est trop faible, il y a ralentissement du processus enzymatique, et donc, le reptile se voit incapable de digérer. La digestion doit se faire à la bonne température pour permettre aux serpents de digérer leur proie avant qu'elle ne se putréfie dans le système digestif causant ainsi une intoxication et généralement un vomissement. L'inverse est aussi vrai. Une température trop chaude pour l'espèce peut amener le reptile à vomir, également à cause d'une diminution des activités enzymatiques. Une température trop élevée aura pour conséquence de détruire les enzymes et autres protéines nécessaires à la digestion.
Chaque espèce a un gradient thermique dans lequel elle sera confortable et pourra accomplir l'ensemble de ses fonctions biologiques. Il est donc important de connaître d'où vient l'animal en question. De quel milieu vient-il ? Est-ce un milieu sec et chaud, ou plutôt frais et humide ? Il sera crucial de bien reproduire les conditions de vie en captivité pour s'assurer de la bonne santé du reptile. Chaque espèce a ses propres besoins. Prenons comme exemple deux boas fouisseurs : le boa des sables (Eryx sp.) et le boa Calabar (Charina reinhardtii). Les deux ont besoin d'un substrat pour s'enfouir, mais nécessitent des substrat différents et des températures différentes. Le boa des sables s'enfoui dans le sable chaud du désert. Il a donc besoin de température relativement élevée pour effectuer l'ensemble de ses fonctions vitales. Pour sa part, le boa Calabar habite les forêts humides. Il a donc besoin de températures plus faibles que le boa des sables. En effet, le sol dans les forêts est toujours plus frais, car il n'est pas exposé directement aux rayons du soleil de par la présence des arbres.
Le reptile peut absorber de la chaleur en se couchant sur ou sous une surface chaude ou bien en s'exposant directement aux radiations solaires. Certaines espèces de lézards peuvent devenir plus foncées lorsqu'elles ont froid dans le but d'absorber plus de chaleur, car le noir attire les rayons solaires. Le reptile peut perdre de la chaleur en se cachant du soleil ou en se couchant dans un endroit plus frais. Dans le cas de température extrême, il peut même ouvrir la bouche et haleter comme un chien dans le but d'évacuer un surplus de chaleur. Plus le reptile est petit, plus il se réchauffe facilement. En effet, la surface de son corps exposée au soleil est plus importante que son poids. Il est donc plus facile de réchauffer l'ensemble du corps d'un petit reptile que celui d'un gros.
La thermorégulation chez les reptiles est principalement comportementale. C'est le reptile qui choisi où se placer dans son terrarium afin d'absorber plus ou moins de chaleur. Il est donc très important de fournir un habitat de vie approprié à l'espèce et de lui fournir un bon gradient thermique pour qu'il puisse se thermoréguler de façon adéquate. D'où l'importance d'avoir un point chaud et un point froid. Cette notion est plus adaptée pour les lézards, car plusieurs éleveurs de serpents choississent de fournir un habitat très stable (une seule et même température partout dans le terrarium) à leurs serpents et les gradients thermiques se réalisent seulement la nuit. Ces élèveurs ont généralement des serpents en santé, qui muent bien, mangent bien et se reproduisent. L'important est vraiment de leur fournir une température optimale pour l'espèce. Par contre, chez les lézards, il est vraiment conseillé de leur fournir une lampe chauffante, car les lézards diurnes lézardent fréquemment sous la lampe chauffante.
Bien que la majorité de la thermorégulation chez les reptiles soit basée sur les comportements, les reptiles sont tout de même capables de modifier légèrement leur température corporelle par la modification de la vitesse des battements cardiaques et par la vasodilatation ou par la vasoconstriction. Cas encore plus surprenant ; certaines espèces de pythons sont capables d'incuber eux-mêmes leurs oeufs. La femelle entoure ses oeufs et de par de fortes contractions musculaires, elle est capable d'augmenter sa température corporelle suffisamment pour permettre aux petits de se développer à l'intérieur des oeufs.
L'hibernation (ou hivernage) est essentielle chez les reptiles n'habitant pas dans des régions où il fait chaud à l'année. En effet, à basse température, les reptiles seraient incapables de manger, digérer, chasser et de se protéger des prédateurs. Ils vont donc abaisser graduellement leur température corporelle en entrant dans un petit abri, généralement sous-terrain. Le reptile entre graduellement en hibernation plus les températures extérieures diminuent. Ce processus sera donc très graduel pour éviter tout traumatisme au reptile. Il y a plusieurs espèces de reptiles qui vont s'accoupler au printemps lors du retour des températures plus clémentes, quoique certains spécimens habitant des régions plus chaudes s'accouplent pendant l'hiver. L'hibernation est généralement nécessaire ou du moins préférable lorsqu'on tente de reproduire des reptiles en captivité. En général, le réchauffement après hibernation stimule les reptiles à s'accoupler. Par contre, certaines espèces se reproduisent très bien sans hibernation. Pour plus de détail sur l'hibernation des spécimens en captivité, voir la section reproduction.
Évolution
Les reptiles existent depuis environ 340 millions d'année. Ce sont des animaux qui s'adaptent particulièrement bien. On en retrouve partout sur la terre sauf en Antarctique. Les reptiles dérivent d'un ancêtre amphibien. Ils ont cependant subit de nombreuses transformations pour devenir les reptiles tels qu'on les connaît aujourd'hui. Contrairement aux amphibiens, les reptiles ont des écailles rigides pour se protéger et ils pondent des oeufs recouverts d'une coquille.
Les reptiles font partie de la classe Reptilia. Cette classe contient 4 ordres : Les chéloniens (tortues), les squamates (lézards, serpents et amphisbènes), les crocodiliens (crocodiles, alligators, caïmans et gavials) et les rhynchocéphales (sphénodon (fossile vivant)).
Les anguimorphes (groupe de lézards) seraient à l'origine des serpents. Le serpent aurait perdu ses pattes avec le temps à cause de ses habitudes de fouisseur. Puisqu'il passait la majeure partie de son temps dans le sol, ses pattes étaient devenues superflues et ont commencées à disparaître graduellement au fil des ans.
Si les serpents n'ont pas de pattes, ce ne sont pas tous les lézards qui en ont quatre : certains en ont deux et certains n'en ont pas du tout (et ressemble ainsi beaucoup à un serpent). Les véritables distinctions se trouvent au niveau du crâne et des os.
Quelques règles générales s'appliquent pour différencier un serpent d'un lézard apode, mais elles ne concernent pas toutes les espèces. Contrairement aux serpents :
- Les lézards ont des vestiges de pattes postérieures.
- La plupart des lézards ont un tympan externe.
- La plupart des lézards ont une longue queue.
- La plupart des lézards ont les paupières mobiles.
L'évolution réserve sa part de surprises et de mystères. L'évolution convergente en est un bon exemple. On parle d'évolution convergente lorsque deux espèces n'ayant aucun lien entre elles développent des traits similaires. Lorsque deux espèces sont placées dans des conditions similaires, il est donc possible qu'elles se développent à peu près de la même manière. C'est le cas du python vert (Morelia viridis) et du boa émeraude (Corallus caninus). Aucune des deux espèces ne dérive de l'autre, ils ne sont pas « parents ». Cependant, les deux sont arboricoles, vert à l'âge adulte et naissent d'une autre couleur. Ils se ressemblent considérablement physiquement. Cependant, un habite en Amérique du sud et l'autre en Australie Nouvelle-Guinée.
La gestion de l'hydratation
La gestion de l'hydratation est différente selon l'habitat de l'espèce. Un reptile tropical et un reptile désertique n'excrètent pas la même quantité d'urine. Les reptiles ont plusieurs moyens pour éviter les pertes d'eau. Ils ont une peau écailleuse sans glandes sudoripares. Cette caractéristique permet au reptile de conserver son eau à l'intérieur de son corps, même par temps chaud. Cependant, ceci n'est pas suffisant. Les reptiles désertiques doivent à tout prix éviter la déshydratation, car l'eau se fait extrêmement rare dans leur habitat naturel.
Les reptiles peuvent se réhydrater en mangeant. Effectivement, peu importe le type de régime alimentaire du reptile, généralement les proies ou les autres aliments ingérés contiennent une certaine teneur en eau. Les reptiles vivant dans un milieu humide n'ont pas vraiment de problème d'hydratation. Ils peuvent boire la rosée ou la pluie tombée sur des feuilles. Cependant, les reptiles désertiques n'ont pas cette possibilité. La gestion de l'hydratation passe alors dans la gestion des produits azotés.
Les mammifères excrètent leurs déchets azotés sous forme d'urine. Les reptiles produisent également de l'urine pour évacuer leurs déchets métaboliques, mais ils peuvent également éliminer leurs déchets azotés sous forme d'urate. Les urates sont un composé blanchâtre solide qui ne contient pas d'eau. Lorsqu'une déjection de reptile est analysée, cette dernière comprend en général 3 parties : les selles (partie brune ou verte), les urates (partie solide et blanchâtre) et les urines (partie transparente et liquide). Les urines normales devraient être incolores ou seulement teintées par le contact avec les urates ou les selles. Des urines de couleur rougeâtre, brunâtre ou verdâtre peuvent être un signe de maladie métabolique. Les reptiles désertiques n'excrètent pratiquement pas d'urine, car ils ne peuvent se permettre une grande perte d'eau. A l'opposé, les reptiles tropicaux excrètent généralement de grandes quantités de liquide dans leur urine, car l'eau est abondante dans leur milieu.
Les animaux venimeux
Les animaux venimeux sont présentement interdits de garde en captivité au Québec. Cependant, par simple curiosité personnelle, il peut être intéressant d'avoir quelques notions sur le sujet.
Premièrement, il est important de faire la différence entre les mots vénéneux et venimeux. Les serpents sont venimeux, c'est-à-dire qu'ils produisent du venin qu'il injecte à leur proie par morsure. Tandis que le terme vénéneux est plutôt réservé aux plantes et consiste en une intoxication via ingestion.
Il existe plusieurs espèces de serpents venimeux au monde, mais aucun au Québec. La puissance et l'action de leur venin varient selon les espèces. Les serpents venimeux chassent à l'aide de leur venin. C'est-à-dire qu'ils ne constrictent pas leurs proies comme les serpents de type constricteurs. En général, le serpent venimeux va mordre sa proie et attendre que le venin fasse son effet. Par la suite, il ira ingérer sa proie.
Il arrive malheureusement que des gens se fassent mordre par des serpents venimeux. Ces animaux peuvent se servir de leur venin comme moyen de défense. Cependant, ceci est utilisé en dernier recours, car la production de venin nécessite un certain temps et pendant ce temps, le serpent ne peut plus chasser ni se défendre de façon active. Ce ne sont pas toutes les morsures de défense qui contiennent du venin. Il est possible de se faire mordre sans recevoir de venin.
Il existe différents types de venins. Tous les serpents ne produisent pas les mêmes venins. Certains venins ont des actions neurotoxiques, hémotoxiques et/ou cardiotoxiques. Le venin agit de différentes façons selon les molécules actives qu'il contient, tels que des phospholipase A, des exonucléases, des enzymes protéolytiques, des hyaluronidases, des DNases, des RNases, etc.
Les serpents venimeux injectent leur venin par morsure à l'aide de crochet à venin. Les crochets possèdent des sillons reliés aux glandes à venin permettant ainsi le rejet du venin à l'extérieur de la glande. Par contre, ce ne sont pas tous les serpents venimeux qui ont de gros crochets à l'avant de la gueule. Ces gros crochets sont mobiles et sont rangés contre le palais en période de repos. Lorsque le serpent a à attaquer, ses crochets se redressent alors pour pénétrer la proie assurant ainsi l'injection de venin. On appelle ce type de dentition : solenoglyphe. On la retrouve entre autre chez les vipères et les crotales. Il existe cependant d'autres types de dentition. La dentition de type opistoglyphe est présente chez certains types de couleuvres venimeuses aux morsures généralement non mortelles pour l'être humain. Ses crochets à venin se situent plutôt au centre de la dentition de la mâchoire supérieure. La dentition de type proteroglyphe est rencontrée entre autre chez les mambas et les cobras. Les crochets à venin sont situés à l'avant de la gueule, un peu comme la dentition de type solenoglyphe. Cependant, ces crochets ne sont pas mobiles, ils sont plus petits, mais fixes.
Finalement, il existe également des lézards venimeux. Les deux seuls lézards présentement réputés pour être venimeux sont le monstre de Gila ( Heloderma suspectum ) et le lézard perlé ( Heloderma horridum ). Les glandes à venin et le principe d'envenimation sont cependant différents chez ces lézards par rapport aux serpents venimeux. Les dents ne sont pas reliées aux glandes à venin. Ils possèdent plutôt des glandes à venin sublinguales qui libèrent le venin à l'intérieur de la gueule du lézard. Ce dernier peut alors envenimer sa proie à l'aide de la mastication. Les dents de ces lézards sont rainurées et facilitent l'entrée du venin à l'intérieur des dents pour par la suite pouvoir « injecter » ce venin à l'intérieur d'une proie.
(Haut de la page)
|